
C’est la question que ma posée ma fille de 3 ans mardi soir alors que Max Pacioretty, un jeune hockeyeur en plein essor, gisait sur la patinoire, inerte comme un contre-filet de boeuf dans le comptoir des viandes de l’épicerie du coin. « Non ma belle, il ne fait pas dodo, il a de gros bobos !». C’est tout ce que j’ai pu lui répondre, en souhaitant que ce ne soit effectivement que des « gros bobos ». Je craignais plutôt avoir été témoin du pire. Comme des centaines de milliers de personnes, j’ai pour un instant cru qu’une vie avait été prise, ou enlevée, selon la perspective.
Je n’ai pas l’intention de commenter le geste, plusieurs s’en sont déjà occupés. Ce qui m’interpelle toutefois, c’est la ligue qui joue encore à l’autruche. La raison est fort simple, parce que les mises en échec et les batailles font augmenter la vente des billets. Au lendemain du geste posé à l’endroit de Pacioretty, par curiosité, je me suis rendu sur le site web des Bruins de Boston. Sur la page d’accueil du site, un clip vidéo visant à stimuler la vente de billets de saison 2011-2012. Le clip de 35 secondes comporte quelques beaux buts et arrêts, mais démarre avec une solide mise en échec de Chara sur un opposant, plaquant par la même occasion un officiel. On y voit aussi Chara propulser violemment un joueur des Panthers contre la rampe et Shawn Thornton dans un cinglant combat. Ça donne une bonne idée de la culture d’entreprise…
Milan Lucic, en entrevue mardi quelques heures avant le match contre le tricolore, pouvait bien se bomber le torse suite à la question d’un journaliste qui lui demandait ce qu’il pensait des critiques envers les « big bad Bruins ». Il était fier. Ça me rappelait le chandail « Crush the Canadiens » porté par les partisans des Flyers lors des séries de l’an passé. Des équipes qui veulent broyer leurs adversaires… On se croirait revenu à l’époque des cirques romains. Ces gladiateurs contemporains aux allures de Spartacus sont toutefois vêtus d’une armure de kevlar et munis d’un glaive en fibre de carbone. Ils sont armés et programmés pour tuer.

Je ne m’insurge pas parce que je suis un partisan de la flanelle et que c’est un des nôtres pour qui la saison a vraisemblablement pris fin mardi soir, mais plutôt parce que j’en ai assez de ces gestes qui envahissent le jeu et qui polluent la qualité du spectacle. Je me suis demandé aujourd’hui si j’avais encore envie de suivre le hockey de la LNH. Ces gestes m’horripilent, cette ligue est malade. Tout le monde sait que ce n’est qu’une question de temps avant qu’un joueur n’y laisse sa peau. Tout le monde sauf les hautes instances on dirait bien. Les limites du tolérable sont franchies et ils ont perdu le contrôle. En ne sévissant pas et en laissant ces gestes se produire, la ligue ne manque pas seulement de respect envers les joueurs, mais également (et surtout) envers les partisans. La perte de Sidney Crosby ne semble pas avoir suffit pour réveiller le préfet de discipline. Peut-être devrait-il lui-même subir un traumatisme crânien et vivre avec les effets secondaires pendant tout l’été. Cela lui ouvrirait peut-être l’esprit sur l’importance de mettre en place un code d’éthique et des sanctions sévères visant à remettre de l’ordre dans ce jeu devenu barbare.
Nos bras meurtris vous tendent le flambeau, à vous toujours de le porter bien haut.
Les joueurs meurtris craignent le tombeau, à nous partisans de s’insurger bien haut.
Pat Bea
